30 mars 2022
Rêve

Rêvé qu’en l’an 2400, la pénurie d’eau était galactique : une colonie spatiale, échouée sur Mars à bord d’une navette métallique en forme d’oeuf allongé avec 2000 personnes déshydratées à bord, était prisonnière d’un entrelacs d’algues et de lianes à la surface de l’océan toxique en voie d’assèchement, et peinait à en s’arracher. Si cette dernière tentative de décollage échouait, il allait falloir trier qui allait boire ou pas.

Pendant ce temps, sous la surface de l’océan, un gigantesque vaisseau-usine originaire d’Alaska, destiné à l’exploitation des fonds marins, trop lourd à exfiltrer de cette planète, broyait et dépeçait sans discontinuer de gigantesques créatures hybrides, mi-ours polaires mi-cachalots.

Le groupuscule écoféministe clandestin auquel j’appartenais documentait, à bord d’une capsule sous-marine de secours, le massacre des mastodontes — lesquels étaient déchiquetés par d’énormes cylindres dentés situés sous le ventre du vaisseau-usine. Des galaxies rouge sombre explosaient au-dessus de nous, et l’on entendait presque le cri des créatures.

Nous échapper ensuite des puissants tourbillons du courant imprévisible, au risque de rester enchevêtrés dans les lianes, avec une escouade de murènes-gymnotes géantes rôdant tout près de la coque l’oeil furieux, était assez flippant.

***

En 2400 également, on apprenait aux chimpanzés non seulement à parler, lire et écrire, mais on se servait d’eux comme d’intelligences artificielles : on leur soumettait des données basiques sur lesquelles ils devaient donner leur sentiment balbutiant, comme un panel de consommateurs ou d’oracles à la fiabilité douteuse.

Et c’étaient des gosses que l’on chargeait de tester les singes, dans un mix entre E.T., Stranger Things, Tron et Minority Report, sous la supervision d’adultes en blouse blanche sans état d’âme. La caution scientifique, et l’indéniable bond technologique, s’établissaient comme toujours sur la base d’un crime refoulé.


Précédent | Suivant